17.12.2008

L'Occupation (4)

 

Mémoire - La vie politique dans deux cantons hauts savoyards au XX°siècle

Lors de mes études universitaires, j’ai fait un mémoire sur la vie politique de deux cantons hauts savoyards, Seyssel et Frangy entre 1920 et 1970. Je me propose aujourd’hui d’exhumer les restes les plus intéressants de cette étude tout en posant parfois des questions d’actualité…

L’année 1943 constitua un tournant dans toute la France occupée avec l’instauration du Service du Travail Obligatoire (S.T.O.). Les taux de présence à l’inspection médicale en février 1943 étaient de 82,68 % sur l’ensemble de la Haute-Savoie. Mais « dans les cantons politiquement stables de l’ouest, dans les pré-alpes, cette présence fut remarquablement élevée : Seyssel 99,1%, Frangy 94,8%, Rumilly 98,5% » [1]. Cependant, ce taux est seulement un indicateur car "certains espéraient une possibilité de dispense par le docteur".

De plus, différents signes d’hostilité de la population commençaient à être évident lorsque la première liste de ceux qui étaient appelés à partir pour l’Allemagne fut publié. Le 4 mars 1943, deux cents jeunes marchèrent vers le monuments aux morts de Rumilly, déposèrent des fleurs, chantèrent la Marseillaise, les Allobroges et crièrent : Nous n’irons pas en Allemagne. Le jour suivant, il y eu de semblables manifestations dans Thonon et la ville précédemment calme de Seyssel » [2].

Le taux de ceux qui furent appelés les 5 et 6 mars 1943 fut de plus de 95 % à Seyssel, de 90 à 94% à Frangy. Mais d’après les Renseignements Généraux « seulement 120 des 1038 personnes qui avaient passé la visite médicale était venu au point de départ[3] ».

Cette question du S.T.O., ajouté à l’occupation italienne, ainsi que l’affaire De Menthon en 1942[4], rejaillit sur les effectifs de la Légion et de la milice.

Mieux, c’est le S.T.O. qui va, dés l’annonce de son apparition, provoquer le départ des jeunes dans les maquis. Dés la fin de l’année 1942, trois maquis existeront dont un à Droisy :

« L’embryon de la résistance commence en octobre 1942 aux chantiers de Génissiat avec une importante concentration d’ouvriers qui permet le trucage de tous les documents (…). Les réfractaires arrivent un par un en gare de Seyssel, rapidement, ils sont pris en charge par Mme Quincy, transférés à Génissiat et le soir même transportés soit à Richemont soit à Droisy. Une autre filière pour parvenir à Droisy était en place à Lyon chez un certain Dimier »[5].

Sans équipement, le premier souci des réfractaires de la montagne des Princes était de se cacher. Beaucoup d’habitants les ont aidés à survivre, notamment par des ravitaillements de nourritures. Des personnalités comme le maire de Droisy, François Fulliquet, ou certains prêtres comme le curé de Clermont ou celui de Desingy, les ont soutenus. Le Dr Déplante, de Rumilly, était l’organisateur « d’un rassemblement de fous et d’imprudents »[6].

Cette aventure prendra fin par l’intermédiaire d’un certain Schmitt, dénonçant le camp aux occupants, qui arrivent à Droisy le 28 mai 1943 :

« Ils font partie de la IV° armée italienne d’occupation, les soldats étant originaires de Bolzano. Stationnés à Annecy, caserne Galbert, ils sont arrivés par Clermont, conduits, sans nul doute, par le déserteur Schmitt. Ils sont au nombre de 40 à 50, soit deux sections. La première visite et interrogatoire sont pour François Fulliquet, maire à l’poque de Droisy et pour M. Méziat. (…) Les italiens, au pas de course se dirigent vers les maisons, tirant quelques rafales d’armes automatiques. Une brève riposte est faite à la grenade. Combat simple, rapide, à vrai dire peu glorieux. L’encerclement a été méthodique, efficace »[7].

P. Abrahams nous donne le nombre de prisonniers fait à cette occasion :

« Vers 10 heures, les alpini de retour à Droisy entourent 23 maquisards ; 4 sont blessés ainsi qu’un italien. Une quarantaine de jeunes se sont défendus ; des guetteurs ont tiré au pistolet, au mousqueton. »

Comme on le voit ici, le manque de matériel était flagrant et n’encourageait guère d’actions de sabotage ou de résistance.

De février 1943 à juin 1944, les taux de vols, meurtres, relatifs à la résistance, donnés par P. Abrahams sont faibles. Malgré tout, deux A.S. (Armées Secrètes) existaient : celle de Frangy et celle d’Eloise, le groupe Gassilloud, dirigé par le maire de la commune :

« Eloise devint vite un point de concentration pour les réfractaires qui, de là, étaient dirigés sur les maquis de la Haute-Savoie et de l’Ain. C’est là également que se réfugiaient les maquisards traqués par les allemands ou les forces de Vichy. De fréquents parachutages étaient organisés dans la région, l’école avait été transformée en poste d’émission clandestine. De son côté, la mairie délivra plus de 500 fausses cartes d’identité »[8].

  


[1] Paul Abrahams,  op. cit.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] De Menthon était soupçonné par la Milice (SOL) d’être gaulliste. Cela eu comme conséquence « la baisse de l’influence du gouvernement dans les milieux catholiques », De Menthon étant des  leaders de la Jeunesse Catholique (JAC) dans les années 1930.

[5] L’Agriculteur Savoyard, 21 février 1984, article « Droisy, premier maquis de France », écrit par René Bouvet

[6] Ibid., paroles du curé Perrissoud de Clermont.

[7] Ibid.

[8] Le Républicain Savoyard, 26 octobre 1946.

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