19.02.2009

L'art déculinaire

C'est drôle comme en une soirée on peut éprouver des sentiments aussi opposés. Je m'explique...

Nous partîmes de bonne humeur ma femme, moi et un ami pour aller voir au cinéma Espion(s) de Nicolas Saada avec Guillaume Canet et Géraldine Pailhas. Nous passèrent une très bonne séance où le suspens, l'émotion, le jeu des acteurs, l'action, allaient crescendo. Jusque-là, tout allait bien...

Sortis de la salle vers 19h40, notre ventre nous rappela que l'heure du souper était venue. Nous nous dirigeâmes vers le (pseudo) restaurant Pizza Dell Arte d'Eybens, situé non loin de notre domicile. Il y a un an tout juste, nous y avons mangé et nous ne nous en étions pas trop plaints.

La réception ne fut d'ailleurs pas mauvaise. Mais la suite fut tout simplement abominable... Une fois les repas commandés, une pizza, deux plats de pâtes et un pichet de vin blanc, une attente interminable commença.

Le vin blanc arriva le premier. Notre camarade, Daniel, goûta. Son premier adjectif fut le bon, « dégueulasse » proclama-t-il avant de comparer le breuvage à du vinaigre. Je pensai intérieurement à du « pipi » mais l'arrière-goût n'évoquait rien de ce genre, non, la comparaison avec du vinaigre était au moins plus sûre. Décidément, notre spécialiste culinaire avait raison.

Pendant que nous commençâmes à nous inquiéter de ce que nous allions avoir dans nos assiettes, les jeunes cuistots, un jeune noir que nous qualifiâmes de très jeune et une fausse blonde, un peu moins jeune, mais très jeune quand même, vous me suivez ?, firent littéralement LE SPECTACLE. Car, mesdames et messieurs, les pseudo-cuisiniers s'affairaient à quelques mètres de nous dans une sorte de cuisine ouverte. Quel était le nœud du problème, entre eux deux, nul ne le savait à part eux, mais la tension était de plus en plus vive, les mots de plus en plus désagréables.

Des pizzas, prêtes, attendaient d'être servies. Mais, point de serveur. Ceux-ci étaient deux pour 80 clients (La serveuse s'en plaignit ouvertement)! Il faut le reconnaître, cela constituait un gros problème. La serveuse fit d'ailleurs plusieurs fois part de son désappointement en posant une carafe d'eau d'une manière plutôt brusque : tous les clients sursautèrent, certains crurent que la carafe alla se briser sur le bar de la cuisine ouverte...

Devions-nous partir ? Notre ami évoqua la possibilité en même temps que nous lui racontâmes, comment et pourquoi, nous partîmes d'une semblable taverne dans un précédent voyage dans l'Afrique le Massif Central. Mais là, cela ne m'amusait point, je me voyais déjà préparer un plat de pâtes pour tous les trois... Alors que plus aucun client ne paraissait servi, deux personnages sortirent avec de longs manteaux. Je pensai alors à des mafieux. Quoi de plus normal dans le « Chicago des Alpes » !

1H15 minutes après avoir commandé, nos plats arrivèrent enfin, servis par celui qui nous avait reçus. Ahhhh enfin ! Mes deux compagnons de table tirèrent la moue à la première bouchée... Froid, dirent-ils à l'unisson ! Seul mon plat de pâtes farcies avait échappé au massacre et était juste à la bonne température... Daniel prit au vol la serveuse et lui demanda de remporter son plat. Elle balança le tout sur le bar de la cuisine ouverte, ajoutant une péripétie au spectacle enjoué qui se jouait devant des clients effarés ! Ma femme protesta également et son plat fut ramené plus doucement à qui de droit. Cinq minutes plus tard, les deux plats revinrent. Mon collègue ayant astucieusement découpé une petite partie de sa pizza s'aperçut qu'elle était simplement passée par la case micro-ondes. Même traitement pour le plat de ma chère et tendre...

La dégustation n'appela qu'un mot, déjà entendu, de notre ami : « dégueulasse ». Il n'acheva point d'ailleurs la croûte qui semblait carbonisée par endroits et qui avait attendu longtemps sur le bar de la cuisine ouverte. C'en était assez et nous prîmes la décision de nous passer de dessert. Arrivé au règlement de la note, le serveur fit l'erreur de demander si tout s'était bien déroulé. J'esquissai un sourire alors que Daniel s'emporta : « Dégueulasse, c'était vraiment dégueulasse ! Votre pizza charcuterie est une honte, monsieur ! ». Lequel essaya de se justifier en lui disant qu'il avait, en gros, un mauvais choix. Je payai le vin, non sans lâcher : « Si on peut appeler ça du vin... ». Nous partîmes plutôt fâchés en nous interdisant d'y remettre les pieds. En sortant, nous croisâmes deux hommes bien habillés (les patrons ?). Au passage, je tentai de les avertir : « N'y allez pas ! » mais ils continuèrent leur route.

Nous nous quittâmes l'âme en peine de voir que notre pays était en proie à une aussi honteuse malbouffe !

 

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