16.05.2009
Colin est mort (épisode 3)
Enfin perdu de vue, pas tout à fait. Trois ans auparavant, j'avais appris par la bouche de l'un de mes camarades, Christophe, pour ne pas le nommer, que finalement, comme tous les autres, moi y compris, Colin s'était posé, marié à une Hollandaise qui, paraît-il, était assez jolie, grande aux yeux bleus...
Ils habitaient alors une maison, à la campagne, loin de tout. Je me mis à rechercher un numéro que m'avait remis ce même Christophe dans mon calepin et que je n'avais jamais composé. Mon index s'arrêta à la lettre B comme Barthe, Colin Barthe. Je pris fébrilement le téléphone. Déjà que je détestai ce moyen-là pour communiquer... Là c'était pire. Allai-je tomber sur sa veuve ?
Les sonneries retentirent comme autant de coups de semonce dans mon corps. Le cœur en fait cognait à la manière d'un Jack La Motta, d'un Rocky Marciano ou d'un Mike Tyson. Autant dire que je n'étais pas bien... Mais personne ne répondait, rien au bout des dix sonneries, pas même une boîte vocale...
Les météorologues avaient pronostiqué une canicule pour l'été. Cette journée de début juillet s'annonçait chaude... J'avais fait rapidement un sac de fortune avec trois tee-shirts pour autant de paires de chaussettes et de culottes. Les caleçons en été, ce n'était pas mon truc...
Deux heures de trajet en voiture ne me faisait pas peur même sur des routes piégeuses et tournantes. Le bout du monde. De nos jours, il fallait du courage pour y vivre. Certes, cet endroit vous préservait d'un bon nombre de maux actuels caractéristiques des villes : pollution, incivilités, bruits...
À la sortie d'un village indiqué sur la carte, sans GPS (je n'en avais jamais réellement eu l'utilité), je dus me résoudre à demander à un des rares habitants présents mon chemin.
- Les Parisiens ? Oui, vous prenez tout droit pendant deux kilomètres. Ensuite, vous allez avoir un petit chemin sur la droite juste après le lieu dit «Malleval ». Après vous pouvez pas vous tromper, c'est un petit chemin, il vous mène directement à leur maison.
- Je vous remercie monsieur.
Je me retins de lui dire qu'ils n'étaient pas parisiens, mais pour certains habitants reculés de nos belles provinces, tous ceux qui n'étaient pas du cru se voyaient attribuer ce qualificatif.
Au fond du chemin, une vieille bâtisse en pierre... J'approchai du but, suant à grosses gouttes. Il régnait une atmosphère étrangement calme. Je pris ma respiration et appuyai sur le bouton de la sonnette.
Une femme blonde m'ouvrit.
- Mme Barthe, je suis Jules Sergent, un ami de votre mari.
- Cela ne me dit rien, il est au travail aujourd'hui.
Je fus saisi d'effroi et ne put articuler quoi que ce soit pendant quelques secondes. Mon hôte s'en aperçut.
- Vous avez l'air surpris, mais beaucoup de gens travaillent en semaine, vous savez...
Elle riait...
- Nous parlons bien de Colin ?
- Oui bien sûr, Colin travaille au village, avec le maire, sur un projet de station des eaux usées. Allez voir si vous le trouvez...
J'en restai comme deux ronds de flanc.
- Oui bien sûr, balbutiai-je. J'y vais de ce pas. Merci... Désolé du dérangement...
22:24 Publié dans création | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle














Ecrire un commentaire