02.10.2009

Une nouvelle héroïne?

Voici des écrits qui pourraient être le début d'un nouveau roman... J'ai bon espoir pour l'édition de celui qui est achevé, mais il faut prendre son mal en patience... En attendant, n'hésitez pas à donner vos avis sur le texte qui suit...

Jocelyne notait sur son nouvel agenda les différents rendez-vous et évènements à venir. Elle avait commandé un diabolo menthe depuis une bonne dizaine de minutes et souffla une première fois de dépit, haletante de soif par ce chaud après-midi. Les vacances allaient s'achever en même temps que son séjour dans sa région natale.

À côté d'elle, un couple de motards se tançait. Jocelyne n'aimait pas la moto. Elle n'avait rien contre les motards, mais elle en connaissait beaucoup qui avaient perdu la vie ou qui allaient bientôt la perdre. La vitesse, les virages pris couchés à cent-vingt kilomètres-heure, tout cela c'était bien joli, mais ça pouvait finir dans le décor...

La jeune femme était visiblement énervée contre son ami. Ce dernier se tenait la tête du côté gauche, côté opposé à celui de Jocelyne. Il était brun avec des favoris, l'air méditerranéen avec cependant des yeux bleus. Sa compagne était petite, une chevelure brune entrecoupée de mèches blondes. Tous deux portaient des combinaisons en cuir. Jocelyne remarqua que l'homme avait la face anormalement rouge.

-       Tu aurais quand même pu t'excuser ! De quoi on avait l'air en sortant ?!

-       OK, je reconnais que j'ai un peu exagéré, je n'aurai pas dû le provoquer.

-       Et maintenant, te voilà avec un beau cocard ! C'est malin. Tout ça parce qu'il était noir. La prochaine fois, tu réfléchiras à deux fois. Tu vois, je savais que ça arriverait un jour, je t'ai averti.

-       C'est pas de ma faute s'il n'a pas de sens de l'humour.

-       Pfff... La vérité, c'est que tu es raciste, mon chéri, regarde où ça te mène...

Sous son chapeau de paille et ses lunettes noires, Jocelyne n'avait rien manqué de la conversation. Bien fait, se dit-elle.

L'homme prit un air contrit

-       Je ne recommencerai pas ma chérie. Je te promets.

C'est ça, pensa Jocelyne. Encore une promesse qui n'engage que ceux qui l'écoutent. Son diabolo menthe arriva enfin. Elle vit le jeune couple payer l'addition et s'en aller. Elle les vit s'enlacer et remonter sur leur engin infernal. La voix mi-grave de Jocelyne retentit à l'insu de son plein gré sur la terrasse où quelques clients entendirent d'étranges paroles de la femme au chapeau et à la robe blanche bariolée de noir :

-       Le long fleuve tranquille reprend son cours. Le royaume continue d'être en proie à une désolation intellectuelle sans précédent.

Ses voisins de droite, des retraités, mirent cela sur le compte de la chaleur...

*

Jocelyne rentra chez ses parents. Les deux vieux prenaient le soleil, assis sur le banc devant leur maison. Elle vint s'asseoir à côté d'eux quelques minutes et leur raconta sa journée. Rien de folichon, une journée assez ordinaire, il a fait tout de même chaud aujourd'hui, finit-elle par dire. Sa mère approuva.

Elle alla ensuite dans sa chambre d'enfance. Là étaient conservés toutes ses photos de classe, ses bulletins scolaires et même la plupart de ses cours de l'école primaire à la faculté. Une chambre toute simple avec un lit qui pouvait accueillir tout juste deux personnes, quelques romans de jeunesse, une poupée en tissu, quelques médailles et coupes glanées ça et là...

Fille d'ouvrier, elle avait réussie non sans mal, non sans sueur. Agrégée d'Histoire à l'âge de 30 ans, elle occupait un poste à l'Université de Grenoble depuis. Après neuf ans d'efforts, de recherches intensives et diverses, elle touchait au but et terminait sa thèse. Du moins, elle en voyait le bout. Il faudrait encore quelques mois pour finir son œuvre.

La seconde guerre mondiale l'avait toujours passionnée, notamment l'attitude ambivalente de ses compatriotes durant cette période. Originaire de Haute-Savoie, son étude s'intitula donc fort logiquement : « L'avant-pays haut-savoyard sous l'occupation ». Elle était sûre que sa thèse ferait forte impression auprès de ses pairs, non pas qu'elle soit révolutionnaire, mais elle voulait tenter d'expliquer les raisons qui poussèrent certains à devenir collaborateurs et d'autres résistants.

Pour réussir une telle démonstration, la masse de travail avait été plus que conséquente. Ces dernières années, elle avait passé beaucoup de temps dans sa voiture, partagée entre Grenoble, son lieu d'habitation et de travail et la Haute-Savoie pour ses recherches. Son couple en avait pâti, le divorce avait été prononcé l'année dernière...

Cependant, quelques éléments manquaient encore. Ses investigations aux archives étaient terminées, mais quelques associations et familles de résistants continuaient de lui apporter de nouvelles pistes. La dernière concernait la famille Puisandier. Une femme d'une soixantaine d'années avait insisté pour la rencontrer. Elle avait en sa possession quelque chose qui pourrait l'intéresser selon ses propres termes. Elle ne voulait pas en dire plus. Je viendrai, lui répondit simplement Jocelyne.

Yvonne Puisandier habitait une ferme plutôt isolée, au bout d'un chemin fait à moitié de goudron et de terre. Jocelyne poussa un juron à une ou deux reprises, alors que sa voiture cahotante passait sur des nids de poules. Elle trouva une place pour se garer. Les poules courraient librement à l'intérieur de la cour.

La femme l'attendait sur le seuil de la porte.

-       Bonjour. Mme Lagarde, c'est ça ?

-       Oui, bonjour Mme Puisandier.

-       Entrez, entrez... Vous prendrez bien un peu de thé ?

-       Volontiers.

Les tasses étaient sales. Jocelyne profita que son hôte se retourna pour passer le doigt à l'intérieur du récipient.

-       Comme je vous l'ai dit au téléphone, j'ai quelque chose qui pourrait peut-être vous intéresser.

-       Oui, fit Jocelyne attendant des précisions quant à la chose en question.

-       Les derniers écrits de mon père. Il a disparu en 1944.

-       Une disparition ?

 

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