29.10.2009

Une nouvelle héroine (2)

Retrouvons Jocelyne dans ses aventures. Dans l'épisode précédent, elle était tranquille, assise à une terrasse de café. Depuis, elle a découvert un cadavre, ça va moins bien...

La reprise des cours fut pour Jocelyne difficile. Si quelqu'un lui avait demandé quelle note elle attribuerait à son degré de fatigue sur une échelle d'un à dix, elle aurait répondu dix sans hésiter. Son cerveau demandait grâce, après ses six heures de cours et deux heures de conseil avec ses étudiants en maîtrise qui d'ailleurs ne maîtrisaient rien du tout. Dire que la plupart voulaient être profs, ça faisait froid dans le dos entre ceux qui n'arrivaient pas à aligner une phrase sans faire de fautes et ceux dont le degré de réflexion dépassait à peine le degré d'alcool contenu dans un bol de cidre... Non, décidément, il n'y avait rien à faire, le monde courrait à sa perte, les jeunes après leur cerveau et elle, Jocelyne, justement, son cerveau lui demandait un bon cachet d'aspirine avec de l'eau bien fraîche.

C'est la première chose auquel elle pensa en arrivant chez elle. Elle s'assit ainsi dans son canapé cuir. Son appartement de « standing » était situé à l'emplacement de l'ancienne caserne de Bonn en centre-ville de Grenoble. À l'orée des années 2000 et après la fin de la circonscription obligatoire, les charognards s'étaient tous rués en ce lieu fabriquant e un maximum d'immeubles en un minimum de places. À tel point que c'en était risible. Si désormais, les ignobles tours de seize étages appartenaient à la préhistoire de l'architecture et que leurs criminels de concepteurs, Le Corbusier en tête, étaient six pieds sous terre, les nouveaux bâtiments, cinq étages maximum, s'étalaient autant qu'ils le pouvaient, faisant du vis-à-vis le pire cauchemar des propriétaires. Beaux à l'extérieur, certains étaient pourris à l'intérieur, victime de la frénésie des entreprises du BTP. Jocelyne, elle, se sentait tout à fait à son aise dans son quartier. Il faut dire que son immeuble était l'un de ceux, dont la conception se voulait « dernier cri » notamment en matière de développement durable, avec des panneaux solaires en guise de chauffage. Bien sûr, ce goût du luxe avait un prix : 330 000 euros pour 70 m².

Jocelyne s'était à peine endettée, son père l'aidant bien involontairement. Il était mort quatre ans auparavant lui ayant légué la moitié de sa fortune. Ses parents avaient tous les deux exercé la médecine. Elle prit quand même un petit crédit et laissa une certaine somme en épargne. Elle en avait encore pour cinq ans. Il ne fallait pas se plaindre, pensa-t-elle son verre toujours à la main. Elle but encore et opta pour du citron et une eau pétillante. Le téléphone retentit alors qu'elle posait la bouteille de citron.

-       Allo ?

-       Salut ma grande, Lucien à l'appareil !

-       Salut Lucien, comment vas-tu ?

-       C'est plutôt à moi de te poser la question...

-       Ç'a été... disons interminable...

-       Je connais ça. En fait, je t'appelai parce que demain j'ai rendez-vous avec un ami, je voudrai te le présenter.

-       Euh, tu sais je n'ai pas besoin d'un conseiller matrimonial...

-       Non, tu n'y es pas. Cet ami est commandant de police en fait. Il pourrait nous aider à propos de tu-sais-qui...

-       Et il sait que tu veux le voir pour ça ?

-       Il doit s'en douter. Je ne le vois que très rarement. Tu aimes le bowling ?

-       Suis pas une grande spécialiste...

-       Pas grave, tu n'as besoin que de tes mains et tes bras...


Jocelyne raccrocha avant de se faire un bon plat de pâtes avec du fromage râpé. Un plateau-télé en tête-à-tête avec elle-même. Elle en rêvait depuis des jours, non pas qu'elle s'attendait à un spectacle extraordinaire, mais simplement elle trouvait cela reposant de voir s'ébrouer le monde alors qu'elle était assise, tranquille et immobile devant son téléviseur. Elle ne fût pas déçue. L'heure était au divertissement. Une blonde aux jambes interminables et à la plastique de Barbie tournait manuellement des cases pour dévoiler ce qu'il y avait en dessous, à savoir des lettres. « Pour réussir dans le show-business, il faut savoir montrer ses fesses » affirmait à une autre époque le groupe de rock « Les Garçons Bouchers ». Au moins, il n'y avait pas à réfléchir, il suffisait de se laisser aller après une longue journée de travail. Même Jocelyne se prenait à deviner ce qui se cachait derrière les titres de films et de chansons. Le moindre mot apparaissait dans la tête du téléspectateur moyen comme une découverte extraordinaire au milieu des paillettes, des strasses et des marques omniprésentes. Ces dernières étaient bien décidées à envoyer bobonne le lendemain au supermarché pour acheter, consommer un maximum, toutes les choses hyper indispensables de la vie quotidienne comme des barres multivitaminées, mais légères, des plats cuisinés et même un mixer pour tout mélanger même les neurones des consommateurs, pressurés tout au long du programme sirupeux et débile qu'acheva de suivre Jocelyne.

Un peu de sérieux, se dit-elle, regardons le journal télévisé !

 

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