02.11.2009

Une nouvelle héroïne (3)

La Mini-Cooper descendait sur le cours Jean Jaurès à  faible allure. Les feux tricolores se succédaient. De chaque côté, les contre-allées permettaient d'échapper à la plus longue avenue d'Europe, reliant le centre-ville de Grenoble à Pont-de-Claix, situé au sud de l'agglomération neuf kilomètres plus loin. Malgré la fatigue, Jocelyne se disait qu'après tout, un peu d'activité physique la détendrait, en tout cas, ne lui ne ferait pas de mal. Elle était toute concentrée et quelque peu tendue, appliquée à se faufiler dans la circulation, évitant les siphonnés du volant, klaxons en bandoulière, les grosses cylindrées de type Mercédès ou bien l'employé fatigué rentrant à son bercail.

C'était un flux continuel, un ballet incessant, un ronronnement perpétuel de moteurs, un déversement invisible de rejets de pots d'échappement qui, combiné aux activités industrielles de la ville, faisait de la cuvette grenobloise une étuve polluée et malsaine.

De chaque côté de l'avenue, plus aucun habitant, dont Jocelyne, n'observait les devantures des magasins. Pourtant, il y'avait ici tant à voir. Bizarrement, nombre  des pizzérias étaient à cette heure fermées. Que faisaient donc les patrons et les employés ? Que se cachait-il derrière ces volets fermés ? Pourquoi apercevait-on ici ou là des lumières ?

La rocade passée, Jocelyne bifurqua sur la gauche, passa une ligne de chemin de fer et, après quelques feux, se retrouva dans un autre centre-ville, celui d'Echirolles, refait à neuf. Echirolles, ses rues piétonnes, sa salle de danse, son tramway, sa mairie avec Marianne guidant le peuple affichée en grand format.

Jocelyne se gara dans le parking souterrain situé juste en dessous du bowling, lui-même écrin sorti dans un ensemble néo-capitaliste. Contradiction ? Le gigantesque Mac Donald, la Tabla Pizza toute neuve, l'hippopotamus obséquieux et le bowling... Du monde, de la lumière, des jeunes, de la vie...

Lucien était déjà au bar, verre à la main, un homme au crâne dégarni lui faisait face. Elle le vit se retourner, cinquante ans, belle allure, sobrement habillé. Ca contrastait avec Lucien et son débraillement coutumier.

 

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