25.01.2009
Barbaries
Cette semaine, carton rouge à Benoît XVI.
En levant les excommunications prononcées contre quatre évêques intégristes ordonnés en 1988 sans le consentement de Rome, le pape a touché le fond. En effet, parmi les évêques concernés, le Britannique Richard Williamson a déclenché la polémique en niant l'existence des chambres à gaz dans un entretien diffusé mercredi soir par la télévision suédoise.
Un petit extrait : «Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz (…) Je pense que 200 000 à 300 000 juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz.»
Franchement ignoble. Toujours les mêmes paroles à l’encontre des juifs bien entendu. Toujours les mêmes arguments et une minoration des chiffres et de la réalité de ces camps. Rappelons tout de même qu’environ six millions d’entre eux ont été assassinés dans les chambres à gaz auxquels il faut rajouter trois millions de personnes mortes dans ces mêmes camps d’extermination ou de concentration : des opposants allemands, des résistants de toute l’Europe notamment des Français, des Tsiganes… On ne parle jamais de ces hommes ou femmes, victimes de la barbarie nazie. Chose que je vais faire maintenant avec un extrait de mon mémoire.
Ceux-là n’ont peut-être pas été gazés, mais peut-on nier qu’ils ont souffert et qu’ils sont morts pour rien ?!
Mémoire - La vie politique dans deux cantons hauts savoyards au XX°siècle
Lors de mes études universitaires, j’ai fait un mémoire sur la vie politique de deux cantons hauts savoyards, Seyssel et Frangy entre 1920 et 1970. Je me propose aujourd’hui d’exhumer les restes les plus intéressants de cette étude tout en posant des questions d’actualité…
« Le 11 février 1944, les boches arrivaient à Seyssel ; ils procédèrent à l’arrestation d’un certain nombre de personnes, mettaient le feu à des immeubles appartenant aux frères Borcier, négociants en bestiaux, bien connus pour leurs sentiments patriotiques, conduisirent François et Joseph Borcier en présence de leur maison en flammes, ils les fusillèrent ainsi que Lucien Borcier, fils de François, un jeune homme de 17 ans, de même qu’un domestique, André Vérouillet. Dans la nuit, ils se retirèrent, emmenèrent avec eux sept otages donc on a jamais eu de nouvelle »[1].
En fait, sur les sept personnes déportées, une seule revint des camps. D’après les informations récoltées, les déportés sont passés par Compiègne, camps français de départ. Quatre d’entre eux se sont retrouvés dans les camps de concentration tristement célèbres de Ravensbruck et Mauthaüsen.
Ces déportés n’étaient pas de dangereux terroristes ou résistants, ils n’étaient pas juifs. Leur seul tort était d’appartenir à la famille Borcier ou de travailler pour elle à la boucherie familiale qui avait donné de la nourriture pour le maquis voisin (Droisy).
Simone Borcier morte le 4 novembre 1944 à Ravensbrück…
Marie Borcier morte à Mauthausen en avril 1944…
Lucien Maillet, apprenti de la boucherie, mort le 17 janvier 1945, mort confirmée seulement en 1948…
N’oublions pas également Georges Maujean, Charly Vincent et Henri Chautagnat, disparus aussi dans les camps…
Tous étaient catholiques… Victimes de la barbarie nazie, de l’idéologie que certains en France approuvaient (l’État français) voire encourageaient. Citons entre autres Jacques Doriot, Louis-Ferdinand Céline, Xavier Vallat…
On peut légitimement craindre que plus les années passent, plus les déclarations d’individus comme Richard Williamson seront nombreuses, les témoins directs de la guerre disparaissant. Il est de notre devoir de s’ériger contre ces affirmations gratuites. L’Histoire, les historiens, les citoyens doivent se battre contre tous les négationnistes qu’ils soient nazis, staliniens ou autres.
L’Église ne ressort, une fois de plus (rôle pendant la Seconde Guerre mondiale), pas grandie par ce genre d’évènement. Bénito ferait bien de revenir sur sa décision…
19:05 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : barbarie nazie, benoit xvi, chambres à gaz, camps de concentration, camps d'extermination, négationnisme, maquis
17.12.2008
L'Occupation (4)
Mémoire - La vie politique dans deux cantons hauts savoyards au XX°siècle
Lors de mes études universitaires, j’ai fait un mémoire sur la vie politique de deux cantons hauts savoyards, Seyssel et Frangy entre 1920 et 1970. Je me propose aujourd’hui d’exhumer les restes les plus intéressants de cette étude tout en posant parfois des questions d’actualité…
L’année 1943 constitua un tournant dans toute la France occupée avec l’instauration du Service du Travail Obligatoire (S.T.O.). Les taux de présence à l’inspection médicale en février 1943 étaient de 82,68 % sur l’ensemble de la Haute-Savoie. Mais « dans les cantons politiquement stables de l’ouest, dans les pré-alpes, cette présence fut remarquablement élevée : Seyssel 99,1%, Frangy 94,8%, Rumilly 98,5% » [1]. Cependant, ce taux est seulement un indicateur car "certains espéraient une possibilité de dispense par le docteur".
De plus, différents signes d’hostilité de la population commençaient à être évident lorsque la première liste de ceux qui étaient appelés à partir pour l’Allemagne fut publié. Le 4 mars 1943, deux cents jeunes marchèrent vers le monuments aux morts de Rumilly, déposèrent des fleurs, chantèrent la Marseillaise, les Allobroges et crièrent : Nous n’irons pas en Allemagne. Le jour suivant, il y eu de semblables manifestations dans Thonon et la ville précédemment calme de Seyssel » [2].
Le taux de ceux qui furent appelés les 5 et 6 mars 1943 fut de plus de 95 % à Seyssel, de 90 à 94% à Frangy. Mais d’après les Renseignements Généraux « seulement 120 des 1038 personnes qui avaient passé la visite médicale était venu au point de départ[3] ».
Cette question du S.T.O., ajouté à l’occupation italienne, ainsi que l’affaire De Menthon en 1942[4], rejaillit sur les effectifs de la Légion et de la milice.
Mieux, c’est le S.T.O. qui va, dés l’annonce de son apparition, provoquer le départ des jeunes dans les maquis. Dés la fin de l’année 1942, trois maquis existeront dont un à Droisy :
« L’embryon de la résistance commence en octobre 1942 aux chantiers de Génissiat avec une importante concentration d’ouvriers qui permet le trucage de tous les documents (…). Les réfractaires arrivent un par un en gare de Seyssel, rapidement, ils sont pris en charge par Mme Quincy, transférés à Génissiat et le soir même transportés soit à Richemont soit à Droisy. Une autre filière pour parvenir à Droisy était en place à Lyon chez un certain Dimier »[5].
Sans équipement, le premier souci des réfractaires de la montagne des Princes était de se cacher. Beaucoup d’habitants les ont aidés à survivre, notamment par des ravitaillements de nourritures. Des personnalités comme le maire de Droisy, François Fulliquet, ou certains prêtres comme le curé de Clermont ou celui de Desingy, les ont soutenus. Le Dr Déplante, de Rumilly, était l’organisateur « d’un rassemblement de fous et d’imprudents »[6].
Cette aventure prendra fin par l’intermédiaire d’un certain Schmitt, dénonçant le camp aux occupants, qui arrivent à Droisy le 28 mai 1943 :
« Ils font partie de la IV° armée italienne d’occupation, les soldats étant originaires de Bolzano. Stationnés à Annecy, caserne Galbert, ils sont arrivés par Clermont, conduits, sans nul doute, par le déserteur Schmitt. Ils sont au nombre de 40 à 50, soit deux sections. La première visite et interrogatoire sont pour François Fulliquet, maire à l’poque de Droisy et pour M. Méziat. (…) Les italiens, au pas de course se dirigent vers les maisons, tirant quelques rafales d’armes automatiques. Une brève riposte est faite à la grenade. Combat simple, rapide, à vrai dire peu glorieux. L’encerclement a été méthodique, efficace »[7].
P. Abrahams nous donne le nombre de prisonniers fait à cette occasion :
« Vers 10 heures, les alpini de retour à Droisy entourent 23 maquisards ; 4 sont blessés ainsi qu’un italien. Une quarantaine de jeunes se sont défendus ; des guetteurs ont tiré au pistolet, au mousqueton. »
Comme on le voit ici, le manque de matériel était flagrant et n’encourageait guère d’actions de sabotage ou de résistance.
De février 1943 à juin 1944, les taux de vols, meurtres, relatifs à la résistance, donnés par P. Abrahams sont faibles. Malgré tout, deux A.S. (Armées Secrètes) existaient : celle de Frangy et celle d’Eloise, le groupe Gassilloud, dirigé par le maire de la commune :
« Eloise devint vite un point de concentration pour les réfractaires qui, de là, étaient dirigés sur les maquis de la Haute-Savoie et de l’Ain. C’est là également que se réfugiaient les maquisards traqués par les allemands ou les forces de Vichy. De fréquents parachutages étaient organisés dans la région, l’école avait été transformée en poste d’émission clandestine. De son côté, la mairie délivra plus de 500 fausses cartes d’identité »[8].
[1] Paul Abrahams, op. cit.
[2] Ibid.
[3] Ibid.
[4] De Menthon était soupçonné par la Milice (SOL) d’être gaulliste. Cela eu comme conséquence « la baisse de l’influence du gouvernement dans les milieux catholiques », De Menthon étant des leaders de la Jeunesse Catholique (JAC) dans les années 1930.
[5] L’Agriculteur Savoyard, 21 février 1984, article « Droisy, premier maquis de France », écrit par René Bouvet
[6] Ibid., paroles du curé Perrissoud de Clermont.
[7] Ibid.
[8] Le Républicain Savoyard, 26 octobre 1946.
16:19 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sto, maquis, droisy, rumilly, seyssel, frangy, armée secrète
16.12.2008
L'Occupation (3)
Mémoire - La vie politique dans deux cantons hauts savoyards au XX°siècle
Lors de mes études universitaires, j’ai fait un mémoire sur la vie politique de deux cantons hauts savoyards, Seyssel et Frangy entre 1920 et 1970. Je me propose aujourd’hui d’exhumer les restes les plus intéressants de cette étude tout en posant parfois des questions d’actualité…
Les querelles de personnes étaient exacerbées à Seyssel. Le maire et conseiller général, Jules Coissard, laissa au début de la guerre sa fonction de maire pour des raisons de santé. C’est son premier adjoint, Charles Morard, qui prit alors la tête de la commune. Un de ses adversaires politiques, le Dr Paget, devenu « Croix de feu » à la fin des années 1930 demanda une enquête sur lui en décembre 1940. Celle-ci nous apprend bien des choses :
« considéré comme un radical, anti-front populaire, tout acquis à la politique de relèvement national du gouvernement du Maréchal Pétain (…), le chef local de la Légion le tient pour son meilleur auxiliaire. Lors de la venu d’Herriot en 1936, (…), il fit part à ce moment de ses appréhensions quant à la politique suivie par le gouvernement du Front Populaire »[1].
Charles Morard était donc très bien vu de l’administration, l’enquête louant encore son attitude « antimaçonnique » vis-à-vis d’un ancien maire de la commune. Le « boomerang » lancé par le Dr Paget va lui revenir en pleine figure.
Des renseignements confidentiels datés de novembre 1941, sous la forme d’un rapport d’un commissaire principal au chef de la sûreté nationale, sont accablants pour les époux Paget :
« Outre que Mme Paget a un amant, des faits sont troublants : de nombreux valets de chambre sont de nationalité allemande, visite le 5 juin de deux hommes en moto de nationalité allemande. Mme Paget parle très bien l’allemand »[2].
La querelle Morard-Paget alla même jusqu’au tribunal en juillet 1941, où le premier cité devra 5000 francs de dommages et intérêts. Pour quelles raisons ? Mystère. Lors d’un second jugement, le tribunal de St-Julien, en mars 1942, se déclarait incompétent. On le sait simplement parce que le Préfet voulait donner la légion d’honneur à Charles Morard…
15:50 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : occupation, délation, croix-de-feu, collaboration, seyssel
13.12.2008
L’Occupation (2)
Mémoire - La vie politique dans deux cantons hauts savoyards au XX°siècle
Lors de mes études universitaires, j’ai fait un mémoire sur la vie politique de deux cantons hauts savoyards, Seyssel et Frangy entre 1920 et 1970. Je me propose aujourd’hui d’exhumer les restes les plus intéressants de cette étude tout en posant des questions d’actualité…
Le gouvernement de Vichy instaura, dès ses débuts, un véritable délit d’opinion.
Le commissaire spécial Geoffroy enquêta par exemple en mars 1941 sur le secrétaire de mairie de Chilly, Auguste Cruz. Geoffroy écrivit :
Ce sont ses fils qui organisèrent dans la région les quêtes au profit des milieux de l’Espagne rouge et l’un deux prit part à la révolution espagnole en allant combattre dans les rangs des Brigades Internationale[1].
Il enquêta ensuite sur tout le conseil municipal et même sur l’instituteur du village :
M. Curtet est le seul instituteur à ne rien faire faire aux enfants pour le Maréchal[2].
Le préfét fit lui-même un rapport à l’Amiral Darlan, ministre secrétaire d’Etat :
Le conseil municipal compte quatre socialiste d’extrême-gauche et quatre radicaux-socialistes élus sous l’étiquette Front Populaire. […] Ils exercent certainement une propagande sournoise dont il ne m’a toutefois pas été possible jusqu’à ce jour, d’établir la réalité.[3]
Suite à ce rapport, le conseil municipal de Chilly fut dissout le 19 avril 1941 Pour le remplacer, une délégation spéciale est alors nommée, avec à sa tête Léon Revillard, « inscrit à la légion des combattants depuis sa création »[4].
D’autres communes vont faire l’objet d’enquêtes, notamment Eloise et Vanzy, deux communes ayant fortement voté à gauche dans les années 1930 et dont les maires, Félix Charvaz et Robert Gassilloud étaient sous étiquette S.F.I.O.
Une enquête fut aussi menée par l’inspecteur Doche sur le maire d’Eloise. Son rapport fut plutôt bienveillant à son encontre, jugez-en plutôt :
Gassilloud Robert, né le 12 février 1897 à Eloise est maire de cette commune depuis 1932. Représenté comme un homme intelligent, les qualités administratives de Gassilloud ne sont pas discutées […] Gassilloud est représenté comme appartenant au parti socialiste et militant de ce parti, supposé tiède à l’égard du gouvernement du Maréchal Pétain[5].
Le maire d’Eloise fut prudent et il eut bien raison. Cela lui permis de conserver son poste et d’apporter, un peu plus tard, sa pierre à la Résistance. Il fit des faux-papiers et participa activement à la Libération du pays…
Pour Vanzy, la situation était différente. C’est un vulgaire bout de papier, une véritable délation qui va engendrer une enquête de l’inspecteur Doche le 11 juillet 1942. Là encore, le maire va en ressortir blanchi.
16:28 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : délation, résistance, vanzy, eloise, légion, vichy, darlan
09.12.2008
L’occupation (1)
Mémoire - La vie politique dans deux cantons hauts savoyards au XX°siècle
Lors de mes études universitaires, j’ai fait un mémoire sur la vie politique de deux cantons hauts savoyards, Seyssel et Frangy entre 1920 et 1970. Je me propose aujourd’hui d’exhumer les restes les plus intéressants de cette étude tout en posant des questions d’actualité…
Voici une première partie consacrée à la période la plus noire de l’histoire de France. Commençons par la période de juin 1940.
L’Armistice fut signé par le maréchal Pétain. Une ligne de démarcation séparait une zone libre (Nord) d’une zone occupée (Sud). On se représente habituellement la Haute-Savoie comme étant en zone libre, ce qui est vrai à 99%.
Paul Abrahams, historien anglais, spécialiste de cette période nous raconte :
« quand les termes de l’Armistice avait été finalement signés, les troupes allemandes arrivèrent en Haute-Savoie, occupèrent Rumilly et les cantons voisins avant éventuellement de se retirer derrière le Rhône pour prendre en charge cinq communes situées de l’autre côté de la rive ( Clarafond, Chevrier, Arcine, Vulbens et Eloise »[1].
On peut rajouter à ces communes Saint-Germain sur Rhône. Pour cette dernière, la situation est complexe puisque le maire habite un hameau de la commune qui n’est pas occupé et ne peut se rendre à la mairie. La situation est la même à Clarafond. Dans les deux cas, les maires sont remplacés…
Alors vient la question cruciale, fatidique, et ô combien polémique : dans quel état d’esprit la population se trouvait juste après l’Armistice ?
Il est incontestable que les premiers mois, Pétain (et sa « rénovation nationale ») a été très populaire. La création d’une légion des anciens combattants dont le but était de réunir toutes les associations d’anciens combattants est à ce titre significative. Elle fut, selon le sous-préfet de Saint-Julien, « accueillie avec une ferveur particulière et dans tous les milieux »[2]. En tout, 77,5% des anciens combattants de la Haute-Savoie firent partie de cette légion. Seyssel fut le deuxième canton le plus favorable à cette initiative (85%), derrière celui de Rumilly (96,7%).
Mais l’opinion publique change dès 1941 après l’entrevue de Montoire entre Hitler et Pétain, qui avait posé le principe de la Collaboration. Le sous-préfet de Saint-Julien affirme en mai : « le moindre incident peut le décider. On peut considérer de ce point de vue, que nous sommes actuellement à un tournant de notre état d’esprit public. »
Concrètement, que se passait-il dans les villages ?
Les archives permettent d’y répondre, notamment en s’intéressant aux relations qu’entretenaient les municipalités avec l’administration. Elles mettent en relief des conflits entre les habitants. Le plus souvent, les chefs de légion, par leur pouvoir de dénonciation, entraient en concurrence avec les maires. Plus grave, « des clans se formaient dans les villages qui s’opposaient, non pas à la légion, mais au chef, et le plus souvent pour des raisons personnelles »[3]. En clair, un climat de délation s’instaurait. On dispose, grâce à ces archives, des enquêtes sur des personnalités, des élus et sur leur supposée hostilité à la « Rénovation Nationale ».
A suivre...
18:24 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : armistice, ligne de démarcation, paul abrahams, pétain, légion, délation, occupation
02.12.2008
La paix dans les années 1930
Mémoire - La vie politique dans deux cantons hauts savoyards au XX°siècle
Lors de mes études universitaires, j’ai fait un mémoire sur la vie politique de deux cantons hauts savoyards, Seyssel et Frangy entre 1920 et 1970. Je me propose aujourd’hui d’exhumer les restes les plus intéressants de cette étude tout en posant des questions d’actualité…
Episode 4
Question fondamentale, présente dans tous les esprits, notamment dans celles des anciens combattants, la paix.
Celle-ci est clairement menacée dans les années 1930 avec les voisins que sont l'Italie du régime fasciste de Mussolini et l'Allemagne avec la montée du nazisme. En mars 1932, à Seyssel se déroula une conférence avec un ancien député socialiste italien, M. Campolonghi. Le thème était le suivant : « Ce qu’est le fascisme en Italie et ce que veut être le fascisme en France »…
Plus philosophique, une conférence fut donnée à Frangy et Seyssel par deux avocats, Maître Jean Hug et Melle Laure Biardeau. Le thème était le suivant : « Comment supprimer les guerres ? » En voici un compte-rendu[i] :
« Le conférencier, possédant bien son sujet, fit avec talent l’historique de la Ligue Henri Démond, sa fondation, ses buts, ses espoirs de supprimer ce crime : la guerre. Dans un tableau émouvant, il fit le décompte des pertes générales causées par la dernière et se basant sur les procédés nouveaux de destruction, montre ce qu’elles seraient au cas d’un prochain conflit. Puis, il expliqua les idées principales contenues dans le plan juridique international élaboré par Henri Démond pour régler les différends qui pourraient naître entre les nations et affirma qu’il était nécessaire que les ligueurs soient nombreux dans toutes les nations afin d’imposer leur volonté de paix aux hommes de gouvernement ».
Qu’ils ont raison de s’inquiéter ces braves gens… L’année suivante, les ligueurs des droits de l’Homme de Seyssel s’émeuvent aussi de la situation :
« Les ligueurs de la section de Seyssel, inquiets de la montée continuelle des budgets de guerre, affirment leur attachement profond à la cause de la Paix, et la nécessité d’une organisation progressive de désarmement, et manifestent la volonté de lutter par tous les moyens contre le droit à la guerre par l’entente internationale des peuples »[ii].
La situation internationale se dégradant de plus en plus, le thème de la paix va devenir un thème majeur des discours politiques. La guerre va devenir inéluctable malgré le traité de Munich en 1938, qui raviva quelques semaines la flamme, l’espoir d’une paix possible entre les États européens.
En août 1939, après la signature du pacte germano-soviétique, les mairies communistes sont dissolues, la France se prépare à la guerre…
Lecteur, si tu penses que tout cela c’est du passé, tu te trompes… Le fascisme n’est pas mort, il est là, à quelques mètres de nous, rampant, sournois, attendant son heure. Que ferons-nous quand les derniers témoins de celle que l’on nomme Deuxième Guerre Mondiale, mourront ? Il nous restera des films, certes, mais nos enfants nous croiront-ils lorsque l’on leur racontera toutes les horreurs de cette guerre ?
La prochaine fois, j’aborderai ce qu’il s’est passé pendant la période la plus sombre de notre histoire dans la région que j’ai étudié. Pour la première fois, figureront tous les noms des acteurs de cette période. Je m’étais refusé à l’époque de diffuser certains noms au titre de ma sécurité personnelle. Je pense qu’aujourd’hui, le temps a fait son œuvre et que les noms en question étaient déjà connus des habitants de l ‘époque puisqu’à la Libération, certaines grenades n’ont pas sauté par hasard dans certaines propriétés…
A bientôt…
16:03 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paix, fascisme, nazisme, mussolini, frangy, seyssel, désarmement













