22.06.2009
Demain, ça ira mieux !
En ces temps de crise, ON nous le dit sur tous les tons : « L'année prochaine, vous verrez, ça ira mieux ! » Les premiers à le faire sont évidemment les membres de la majorité présidentielle, mais depuis quelques temps, ils sont relayés bien servilement par certains médias. Pas un seul matin sur France Info sans qu'un soi-disant « économiste » nous annonce, tel Nostradamus, que la crise va sur sa fin, que l'année 2010 sera une année de reprise ou du moins, tout est dans la nuance, que le PIB cessera de baisser... Et encore, les contradicteurs ont le mérite d'exister sur cette radio...
Ce n'est pas le cas à TF1... Retour sur le 20 heures du vendredi 19 juin. Quels étaient les titres en vedettes ce soir-là ? La question de l'interdiction de la Burka arriva en tête, suivie de peu par l'affaire Courgeaud. L'estimation de l'INSEE sur l'année 2009 concernant l'économie française ne fut annoncée qu'en milieu de journal... 3% de baisse du PIB, 10,5% de chômage. Non, ça, ce n'était pas la peine de le mettre trop en avant ! Mieux vaut entretenir la « flamme tricolore » et les 50% de Français qui pensent qu'il y a trop d'étrangers en France... Mieux vaut faire du fait divers, au moins on ne parle pas de ce qui fâche...
Ce soir-là, Claire Chazal nous fit l'un de ses grands numéros éditoriaux dont elle a le secret et minimisa au maximum l'impact d'une telle information. Elle insista bien sur « le pire » qui semblait « être passé », sur le fait que « les spécialistes » affirmaient que le PIB allait cesser de baisser en 2010 et que la France, avec ses petits bras musclés, s'en tirait mieux que tous ses voisins. Cocoricoooo !
Et pourquoi elle s'en tire mieux la France ? se demande dans son fauteuil le spectateur lambda... Eh bien, comme le dit un « journaliste » de France Info : « La France s'en tire mieux, car les mesures gouvernementales prises ont été les bonnes ». Voilà, c'est net, précis et totalement impartial !
Le même jour, des femmes pleurent à Limoges parce qu'elles viennent de perdre leur emploi de porcelaine. Ce n'est bien sûr pas la faute de cette crise, c'est la faute des vilains chinois et des fameuses délocalisations, dixit l'une des interviewées désormais au chômage. Eh oui, forcément...
Pour résumé, cette histoire de chômage, de crise économique, de banquiers qui sont obligés de refuser des prêts, de gens qui n'arrivent pas à manger à leur faim, à qui la faute ?
Aux grands financiers, notamment aux ultralibéraux américains, admirés il y a peu de temps encore par de nombreux députés de droite ? Non, bien évidemment, les banquiers sont tous des gens honnêtes voyons !
À notre gouvernement ? Non et ça tu l'auras intégré, ON te le répète à longueur de journée. Si tu avais une petite puce électronique à l'intérieur de ton cerveau, ON t'aurait déjà transmis l'information...
Alors ? Mais bien sûr, c'est évident, et c'est le message que le gouvernement veut te faire passer depuis des années. Tout ça, c'est la faute des étrangers, surtout les porteuses de Burkas et les Chinois qui nous piquent notre travail. Tout ça, c'est la faute des fonctionnaires qui nous piquent tout notre argent, les salauds, et en plus ils ne peuvent pas être au chômage.
Le fonctionnaire est en train d'écrire cet article et le fonctionnaire en question a une formation d'historien. Il ne peut que rappeler les désastres causés par la crise de 1929, les millions de chômeurs bien sûr à travers le monde entier, mais aussi la plus grande catastrophe de l'histoire de l'humanité : l'arrivée au pouvoir d'un certain Adolf Hitler qui obtint d'autant plus de suffrages au fur et à mesure que le nombre de chômeurs augmenta. Les affiches nazies avaient pour slogan : « six millions d'étrangers = six millions de chômeurs ». Slogan réducteur et raciste. ON en est là aujourd'hui à jeter de la poudre aux yeux du peuple et à ne pas poser les vrais problèmes : la lutte contre le chômage, la pauvreté, le communautarisme, le fanatisme et j'en passe...
20:47 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise de 1929, gouvernement, délocalisation, impartialité, médias, économie
11.02.2009
L'étrange discours
J'ai écrit ce qui suit il y a quelques mois sur un autre blog. Le texte suivant est toujours d'actualité...
Mes chers concitoyens, cette nuit, j'ai eu une bien étrange idée : pourquoi pas moi ? Oui, mesdames et messieurs, pourquoi ne serai-je pas, un jour, Président de la République ?
Je sais que la tâche qui m'incombera ne sera pas facile. Ainsi pour m'entraîner, j'ai décidé de me mettre à la place du président actuel. J'ai donc à cet effet préparé un discours, celui qu'il s'apprête ce soir à vous lire à la télévision :
"Mes chers compatriotes, bonsoir. Je m'adresse à vous ce soir pour vous redire combien je suis résolu à redresser notre pays. En effet, avant moi, c'était le déluge, les politiciens faisaient semblant de gouverner, le pays allait à sa perte, partout les riches étaient riches et les pauvres, pauvres. C'était le barbeuque tous les jours, en un mot, le bordel.
En six mois, mon gouvernement et moi avons fait plus qu'en dix ans pour tous les autres! Nous avons notamment réussi à faire sortir dans la rue tous les voyous et les forces réactionnaires de notre beau pays. Cheminots, étudiants, fonctionnaires administratifs, enseignants, médecins, infirmières et même dernièrement avocats. J'en oublie évidemment tant la liste est longue...
Il ne reste plus maintenant qu'à les passer au ka... au cas par cas ! En effet, les infirmières pour gagner plus n'auront qu'à se marier aux médecins, sinon elles se retourneront vers les avocats. Après tout, ceux-ci gagnent suffisamment bien leur vie. De plus, les quelques hôpitaux restants n'étant plus situés que dans quelques grandes villes, c'est pour cette raison que j'ai décidé avec l'accord de Mme Datée de concentrer les tribunaux là où les populations sont les plus nombreuses. De cette façon, les avocats seront plus proches des infirmières et pourront se consoler facilement...
Certes tous les français ne gagnent pas assez bien leur vie. C'est dans cette optique que je suis résolu à vous donner plus, chers concitoyens, en particulier vous, les chevaliers de l'improduction, les champions du lancer de papier à la poubelle, je veux dire mes chers amis les fonctionnaires !
Bien sûr, ces derniers devront bien comprendre que cela ne se fera pas sans quelques efforts de leur part. Ainsi en échange de quelques menus sacrifices, vous deviendrez des riches consommateurs. Je commence par vous mes chers occupants de l'ANPE, vous qui traquez inlassablement le moindre emploi qui apparaît à l'horizon. Vous serez certes moins nombreux puisque vous le savez, et même si vous ne le savez pas d'ailleurs, vous allez être fusionné avec les ASSEDIC.
Quel beau mariage ! Rassurez-vous, ne forcez pas trop sur le stylo, vous allez vous faire une tendinite du bras gauche, je ne vous demanderai pas de travailler plus. En effet, d'abord ce serait un peu exagéré de vous faire rester tard le soir, d'ailleurs à quoi cela servirait-il ? Non, ce que je vous demanderai, c'est de continuer à travailler comme vous le faites. Certes, il y aura peut-être plus de travail, mais vous pourrez rester plus tard le soir. Ne vous inquiétez pas, vos enfants seront gardés plus tard par les enseignants...
Enseignants, vous l'avez deviné, j'en arrive enfin à vous. Vous êtes l'élite de la nation ! La crème des crèmes ! Je le sais, vous êtes mal payés pour des bac+5. Entre nous, vous l'avez choisi... Les vacances, la sécurité de l'emploi... On ne peut pas tout avoir. Malgré tout, je vais vous payer plus. Bien sûr, je vous demanderai vous aussi des efforts. Je m'engage d'ici deux ans à vous augmenter de 5%.
La seule contrepartie consistera à accueillir quelques élèves en plus. Votre classe n'a que 26 places, ce n'est pas grave. ll doit bien rester un peu d'espace, resserrez les rangs. Les élèves auront ainsi plus chaud, car il est en effet temps de faire quelques économies d'énergie. Certains petits lycées nous coûtent fort cher. De plus, il faut apprendre à nos jeunes les valeurs d'antan ! La solidarité entre camarades, la discipline pour mater les petits voyous qui, je le sais, sont très nombreux, notamment, ne nous cachons pas les yeux, un peu partout. Mes chers enseignants, certains d'entre vous vont être déplacés de leur établissement et enseigneront ainsi sur trois établissements différents. Voyez le côté positif, vos journées seront ainsi plus variées, vos déplacements aussi. De plus, n'oubliez pas l'appartement que vous pourrez vous acheter grâce aux heures d'études entre 17h et 19h que vous ferez. Rassurez-vous, d'autres enseignants se chargeront de garder vos enfants.
J'en arrive à eux maintenant bien sûr : les "jeunes". Boutonneux, grands, petits, gros, moches, intelligents, cancre, cagouleux, petits voyous en tout genre, c'est vous qui êtes l'avenir de notre pays ! C'est vous qui, demain, défilerez à la place de vos parents. C'est vous qui devrez travailler jusqu'à 70 ans. Pensez-y avant de fumer de la drogue, c'est très mauvais ! Maintenant je vous le dis, sans retenue, cessez de mettre la zizanie dans ce pays qui n'en a pas besoin ! J'ai déjà beaucoup de travail avec ceux que j'ai cité plus haut. Il y a déjà trop de bordel sans que vous vous y mettiez. Des amis à moi, des grands patrons bien sûr, ont des ennuis avec des avocats qui, injustement, les accusent de s'enrichir personnellement sur le dos des pauvres.
Mes chers concitoyens, faites-moi confiance, j'agis. Personne avant moi ne l'avait fait. Nous redresserons notre paquebot... notre pays.
À bientôt. Bonsoir".
19:25 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : président, discours, hôpital, éducation, jeunes
30.01.2009
Profil bas
Après les massives manifestations d'hier (mention spéciale à Grenoble, 35000/60000 personnes), on entend très peu l'élève hyperactif qui habite l'Elysée...
Bizarre, lui qui était visible tous les jours jusque-là, la joue profil bas...
Luc Chatel, membre du gouvernement tente bien de minimiser les chiffres des manifestants en affirmant qu'il y en avait moins que lors des manifestations du CPE mais personne n'est dupe, il y a bien un malaise...
Il paraît que l'Elysée veut faire une émission "pédagogique" dans quelques jours sur une "relance" hypothétique...
Le bourrage de crâne passera-t-il ?
A voir...
16:23 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : manifestations, grève, grenoble
28.01.2009
Retour de bâton
On peut définir cette expression comme une réaction imprévue en sens opposé. Un effet boomerang en quelque sorte.
Il est loin le temps où Sarkozy se permettait de pérorer : « Quand il y a une grève aujourd’hui, plus personne ne s’en aperçoit ». À force d’agir d’abord et de réfléchir ensuite, autrement dit, en mettant la charrue avant les bœufs, le président cristallise tous les mécontentements.
Avec lui « Tout est possible » certes, même le pire, diront les mauvaises langues (dont je fais partie). Demain et dans les périodes difficiles qui vont venir, les gouvernants arrogants vont assurément connaître un retour de bâton. Il est triste de constater que notre démocratie est arrivée à point tel qu’il faille descendre dans la rue pour la faire s’exercer.
Voyons en effet la liste des mécontents appelés à défiler demain : l’Éducation, la Poste, les Transports, la Santé, les Services Publics de l’emploi, EDF, France Télécom, l’Audiovisuel, les Chômeurs, les personnels des autoroutes, les handicapés, Renault, Peugeot, les banques…
Bel exploit et tout ça pourquoi ? Si la crise tient un certain rôle, il n’en demeure pas moins qu’une partie des Français ont eu l’impression que le Président de la France n’est pas le Président de tous les Français. Le jeu durant la campagne présidentielle (et par la suite) n’a consisté qu’à liguer les gens les uns contre les autres, principalement en développant depuis plusieurs années, via la chaîne officielle du pouvoir, un racisme anti fonctionnaire, une mentalité pseudolibérale autour du « travailler plus pour gagner plus ». Car, pour ce dernier point, les petites entreprises ont-elles été réellement encouragées ?
Partout, le service public est molesté, montré du doigt. On connaît en avance les reportages présentés demain sur la chaîne officielle. On verra des passagers du métro ou du RER excédés parce qu’ils n’auront pu aller au travail, invectivant la RATP, et les autres fonctionnaires aussi, le professeur des écoles en tête qui n’aura pas assuré de service minimum.
Seulement voilà, c’est bien malheureux, mais lorsque des gens décident sans vous demander votre avis, affirment des choses fausses (Exemple, Darcos racontant qu’un prof gagne 4000 euros par mois), tout en s’octroyant de substantifiques augmentations de salaire (Le Président : 20 000 euros au lieu de 8000 euros par mois, tout frais payés, sans impôts, merci…), vous mets dans des situations difficiles (classes à 30 élèves en lycée pro, surcharges de malades dans les hôpitaux), il ne faut pas s’étonner alors que certaines catégories cèdent à la tentation d’aller inutilement descendre dans la rue se geler vous savez quoi tout en beuglant avec leurs pancartes toutes pourries...
Je suis donc de tout cœur avec ceux qui vont aller manifester demain. Hélas, je ne peux me déplacer à cause de mon dos, mais je donnerai charitablement, une fois de plus, à l’État, mes 70 euros…
18:53 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : manifestation, grève, mouvements sociaux, contestations, démocratie, politique
30.11.2008
La place des femmes
Mémoire - La vie politique dans deux cantons hauts savoyards au XX°siècle
Lors de mes études universitaires, j’ai fait un mémoire sur la vie politique de deux cantons hauts savoyards, Seyssel et Frangy entre 1920 et 1970. Je me propose aujourd’hui d’exhumer les restes les plus intéressants de cette étude tout en posant (parfois) des questions d’actualité…
La première guerre mondiale avait-elle changé leurs conditions ?
Les politiciens se firent très discrets sur le vote des femmes. Aucun d’entre eux, dans cette région, ne se prononça ouvertement pour le vote des femmes, à gauche comme à droite.
Il existe dans les années 1930 à Seyssel une section de l’Union Française pour le suffrage des femmes (U.F.F.). Deux conférences furent répertoriées dans la presse : « La protection de l’enfant » avec la venue de Melle Gord, secrétaire de la commission de l’enfance à la Société des Nations[i] et « L’état actuel de la question féministe en France ». On n’en sait guère plus sur leurs actions…
L’Eglise, elle, n’oubliait les femmes, même si sa vision de celle-ci n’était pas la même que les suffragettes. Il existe une Ligue des Femmes Françaises et, pour les plus jeunes, des « Pâquerettes » et des « Benjamines ». Au programme pour les plus grandes, une conférence sur « Amour de l’Eglise, du foyer et de la patrie ». Tout un programme...
A l’école ménagère de la Sainte Famille de Challonges, on apprend aux filles à être de « parfaites ménagères »[ii]...
19:19 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femme, vote, suffragettes, seyssel, challonges, société des nations, eglise
25.11.2008
La laïcité pendant l’entre-deux-guerres à Seyssel et Frangy
Mémoire - La vie politique dans deux cantons hauts savoyards au XX°siècle
Lors de mes études universitaires, j’ai fait un mémoire sur la vie politique de deux cantons hauts savoyards, Seyssel et Frangy entre 1920 et 1970. Je me propose aujourd’hui d’exhumer les restes les plus intéressants de cette étude tout en posant des questions d’actualité…
Aujourd'hui, la question de la laïcité...
Les querelles concernèrent tout d’abord les cérémonies inaugurales des monuments aux morts de la Première Guerre Mondiale (voir épisode 1).
La suite fut une bataille d’influence entre associations.
A Seyssel, « La libre-pensée des Deux-Seyssel » (Ain et Haute-Savoie) fit une réunion en avril 1922. On peut définir ce genre d’association comme une action parallèle à la Franc-maçonnerie, mais regroupant des adhérents plus populaires[1]. Ils prirent même position pour les radicaux de gauche aux élections législatives de 1924.
De 1925 à 1928, face à une organisation catholique toujours plus puissante, cette association devient clairement anticlérical. Voici un extrait :
« Considérant que nos institutions laïques et nos libertés sont mises en danger par les attaques violentes et perfides d’un clergé avide de domination, la société de la Libre-Pensée des Deux-Seyssel adresse un pressant appel à tous ceux qui veulent se libérer du joug des moines et des jésuites. Met en demeure les parlementaires, vraiment républicains, de réaliser leur programme anticlérical en une action plus vigoureuse et plus ferme, d’user les lois existantes ou d’en élaborer de nouvelles pour réprimer la scandaleuse campagne dite religieuse qui agite le pays depuis trop longtemps »[2].
L’autre camp agite en effet les drapeaux comme l’abbé Clavel en 1927, venu lors d’une conférence à Seyssel :
« Ce que veulent les catholiques. Ils réclament l’abolition des lois dites laïques, qu’ils considèrent comme lois d’exception et de persécution ; revendiquent la liberté d’enseignement et repoussent énergiquement l’institution de l’école unique »[3].
On ne retrouve guère de traces ensuite de l’association de libre-pensée mais, le 6 mars 1927, toujours à Seyssel, se crée une section de la Ligue des droits de l’Homme. Son président, Charles Grandjeat va très vite avoir à faire avec le journal La Croix et au directeur du Réveil Social Savoyard, M. Truffy. La question majeure qui va les opposer concerne bien entendu la question éducative, une bataille rangée entre l’Ecole publique et l’Eglise et ses congrégations (écoles privées). Certains curés n’hésitent pas à dire : « A l’école, on vous enseigne le mal contre l’Eglise »[4].
Ainsi, l’Ecole et l’Eglise se disputent l’éducation des enfants, et au-delà, l’éducation du futur citoyen et ses orientations politiques. Cela ne sera pas sans importance dans les années qui vont suivre…
15:34 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : laïcité, seyssel, politique
16.11.2008
Devons-nous encore commémorer la Première Guerre mondiale ?
Mémoire - La vie politique dans deux cantons hauts savoyards au XX°siècle
Lors de mes études universitaires, j’ai fait un mémoire sur la vie politique de deux cantons hauts savoyards, Seyssel et Frangy entre 1920 et 1970. Je me propose aujourd’hui d’exhumer les restes les plus intéressants de cette étude tout en posant des questions d’actualité…
Épisode 1. Devons-nous encore commémorer la Première Guerre mondiale ?
Après la mort de Lazare Ponticelli, le dernier poilu français, cette année, la question mérite d’être au moins posée. Cela fait 90 ans que l’Armistice a été signé. Pour y répondre peut-être nous faut-il remonter le temps et chercher à savoir comment les contemporains les plus immédiats percevaient l’après conflit ?
« Le pays était tellement marqué dans sa chair, ses paysages et ses structures économiques que l’oubli de la guerre ne pouvait être que partiel et passager »[1].
L’édification de monuments aux morts revêt alors un enjeu capital pour toutes les communes de France. Les inaugurations de ces monuments en témoignent. Pour la région étudiée, elles s’étalent sur quatre années entre 1920 et 1924.
Ces monuments sont essentiellement le fruit de cotisations de la population. Celle-ci est très attachée à la venue lors des inaugurations des personnalités politiques, mais également des personnalités symboles de chaque village : le maire bien sûr, mais aussi le curé et l’instituteur. La guerre larvée entre laïques et religieux va connaître ainsi durant ces quelques années d’immédiat après-guerre une pause relative.
Ces cérémonies ont cependant généralement un caractère exclusivement laïque, on remet des drapeaux ou des médailles. Mais des « fêtes » à dominante religieuse existent malgré tout par exemple à Chessenaz en décembre 1927 : « L’UNC[2] de Chessenaz faisait célébrer un service religieux pour ses morts de la guerre. (…) M. l’abbé Fromaget magnifia, en chaire l’héroïsme des héros morts pour la patrie »[3].
Plus intéressant encore, l’emplacement même des monuments aux morts donnait lieux à des conflits entre habitants d’une même commune. Les préfectures jouaient le rôle de tampon dans des conseils municipaux qui se déchiraient sur cette question.
A Marlioz par exemple en 1923, cinq conseillers menacent de démissionner dans une lettre adressée au Préfet en lui demandant d’agir dans leur sens. Leurs démissions sont acceptées. Le préfet parle en effet de conseillers qui font preuve « d’entêtements et qui n’allèguent pas une seule raison d’être prise en considération»[4]. Même chose à Menthonnex-sous-Clermont où il est question de contestation d’un vote municipal. Même cause, même effet, les démissions de conseillers municipaux sont acceptées après les auditions des différents protagonistes.
La Première Guerre mondiale a créé un nouveau personnage du village : l’ancien combattant. Les associations qui vont naître vont peser fortement sur la vie politique. L’ancien combattant va avoir le choix principalement entre deux associations : l’U.N.C. proche de la droite et l’A.R.A.C.[5], plutôt de gauche avec des dirigeants proches du parti communiste.
Pour tout candidat potentiel, le fait d’avoir fait la « Grande Guerre » va être un élément déterminant et chaque camp va émettre des doutes quant à la réalité du passé militaire d’un candidat adverse.
Comme on peut le voir à travers cet extrait, le traumatisme de la Première Guerre mondiale a été profond et il est logique que ce conflit ait donné lieu à des commémorations jusqu’à nos jours. Mais maintenant ?
Il est important d’enseigner encore la Première Guerre mondiale à l’école. Peut-être faudrait-il le faire désormais davantage en relation avec la Seconde Guerre mondiale. Les historiens tendent en effet à réunir désormais les deux conflits et envisager une étude globalisante du XX°siècle. La dureté des tranchées, le sacrifice d’hommes pour leur pays sont des notions, des valeurs essentielles.
Cependant, la commémoration elle-même du 11 novembre n’intéresse plus personne, surtout les politiques qui ne le font que par obligation.
17:39 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : première guerre mondiale, commémoration, seyssel, frangy, ponticelli, armistice, monuments aux morts
05.11.2008
Le vent du changement ?
Juste un petit mot aujourd'hui. C'est un jour historique, Obama a gagné. Tant mieux, il valait mieux cela que l'inverse... Est-ce que le changement qui a été le leitmotiv de toute sa campagne va se produire?
Rien n'est moins sûr. Il s'agit néanmoins d'une élection historique avec pour la première fois un président métis (noir et indien) à la tête du pays le plus puissant de la planète. Je n'en parle pas davantage car les grands médias ne vont pas arrêter d'en parler pendant des jours. Jusqu'au 20 janvier, jour de l'investiture ?
J'ai juste noté deux choses amusantes ce matin.
L'une concerne le président nouvellement élu appelant les financiers de la bourse de Wall Street à un sursaut partriotique et à ce que, pour résumer, les quelques pourritures qui s'enrichissent actuellement ne le fassent pas sur le dos de la majorité des autres. Je ne peux qu'être d'accord avec lui, mais c'est un peu naïf de croire que dans le pays du capitalisme forcené, cet appel soit entendu.
L'info la plus tordante concerne une ministre du gouvernement Sarkosy Fillon dont j'ai oublié le nom (tellement elle est importante) et qui a comparé l'enthousiasme suscité par cette élection aux Etats-Unis avec l'élection de Nicolas Sarkosy en 2007. J'ai failli m'en rouler par terre. Mr Sarkosy est-il noir ? Non vraiment, il vaudrait mieux parfois être sourd que d'entendre des inepties de la sorte.
P.S. : Je sais, je fais tout le temps dans le sarcasme. Je ne crois pas que cela va cesser...
14:57 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : obama, états-unis, sarkosy, fillon, ministre
29.10.2008
La CRISE finale
Ce matin encore, affalé sur ma chaise, ingurgitant des tartines avec de la vraie confiture par dessus (la myrtille, mais quelle importance ?), ce matin encore donc, j’écoutais la radio. Et qu’entendais-je me direz-vous ?
La ritournelle du moment. Le MOT le plus utilisé ces derniers temps, un mot qui était sur toutes les lèvres : la CRISE. Ce terme était mis à toutes les sauces notamment ceux de CRISE financière et de CRISE économique. La CRISE sociale attendrait suivie sans doute de peu par la CRISE politique…
Mais pour l’instant point de prospective, la CRISE allait donc nous tomber dessus un de ces quatre matins comme une maladie pouvait sournoisement le faire. J’en étais à ces remarques lorsque ma tartine se brisa et vint, non moins insidieusement, tacher mon pantalon déjà peu épargné par les affres de la vie quotidienne.
Evitant la CRISE de nerfs de justesse, je me repris et décidai de profiter de ces vacances que j’estimais à juste raison méritées. Il n’était point besoin de faire une CRISE de nerf ni de CRISE d’hystérie pour si peu. Une CRISE de rire n’était pas appropriée et je ne souhaitais pas non plus avoir une CRISE d’asthme ni une CRISE d’urticaire.
A mon bureau, je décidai de percer le secret des origines du mot CRISE et je découvris avec stupeur la chose suivante. Ce mot provenait du grec krisis qui signifiait « phase décisive d’une maladie ». Le sens figuré du mot CRISE n’apparut qu’en 1621.
Ainsi, nous en étions donc là, notre société dans son intégralité était malade. Ce n’était pas seulement ses valeurs, son éducation, sa santé qui allaient mal. C’était LE SYSTEME tout simplement qui dans son intégralité tanguait dangereusement !
16:32 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise, système













